vendredi 17 décembre 2010

Massimo Vitali prend toute la place chez agnès b.

Poesia 1, 2010

Les impressions sont géantes, surexposées, détaillées, impressionnantes.  La série portant sur les discos (discothèques momentanées prenant place sur les plages) et les plages est illustrée de façon variée dans la sélection qui a été faite par la Galerie du jour.

Vraisemblablement photographiées en grand format, les images de Vitali sont amusantes par leurs détails: tous les personnages présents dans les clichés vaquent à des occupations légitimes de bord de plage.  Certains décors, plus magiques que d'autres, font rêver.  D'autres, comme la presque plage de Coney Island, sont grotesques.  Les plaisanciers, regroupés par centaines, sont mouillés, couchés, affamés, huilés, sautant, éblouis par le soleil, intrigués par le voisin, dormant, brûlés, ou blancs.  Dans l'ensemble des images accrochées sur les murs de la galerie, une seule protagoniste fixe l'objectif.  En avant plan de Catania Solarium 2.1 #2807, 2007, une femme au maillot jaune et défraîchi soulève la tête, entrouvre un seul oeil (le gauche) et fixe le photographe, l'air d'annoncer son désaccord.  Tous les autres héros de ces tableaux estivaux sont affairés, et ignorent totalement le photographe qui profite de leur candeur.

L'image de Coney Island est particulièrement intéressante, composée en triptyque, la pièce prend un mur complet de la salle.  La richesse de l'impression est notable.  Oui, elle est surexposée dans les détails de l'eau, du sable, de la ligne d'horizon, et du ciel.  Mais les personnages, tous sans exception, sont calibrés à la perfection, ce qui permet au spectateur de s'attarder aux détails les plus anodins, et enregistrant chaque information potentiellement transmise par ceux-ci.  Il en est de même pour toutes les images présentes dans cette exposition.

J'aime à imaginer Vitali, arpentant les plages d'Italie et d'ailleurs, à la recherche du banal particulier des baigneurs.  Certains endroits choisis par l'artiste sont incroyables de paradoxes: des eaux d'un bleu inconnu des américains, avec des vestiges de constructions anciennes aux allures totalement italiennes.  Des côtes où les rochers ont été piétinés durant plusieurs siècles par des inconnus voilant se délecter des vagues qui s'y cognent.  Et des structures échafaudées, contemporaines, et surpeuplées, campées sur lesdites côtes.  Et des déchets en tout genre jonchant le sol, ou encore, des avions traversant le ciel.  La réalité frappante de ces décors place le spectateur dans un état semi-désolé, semi-admiratif.

Une seule image de nuit dans l'expo: Bloemendaal night 3 #845.  Éclairée au flash, cette image est encore une fois intéressante dans son exposition: les personnages en avant plan sont surexposés, et le décors est, par endroits, sous exposé.  Néanmoins, des détails se sont imprégnés dans la totalité de l'image.  L'ambiance est différente dans cette image: les personnages sont vêtus, l'énergie n'est pas la même non plus, l'on sent que cette image appartient à l'univers de la série Disco.  Les protagonistes interagissent différemment entre eux que ceux des plages.  On note aussi une certaine préoccupation du soi. Dans les paysages de jour, les personnages nonchalants, moites, s'abandonnent au soleil.  Dans le cligné de la nuit, ils sont habillés, conscients de leur position dans l'espace.  Dynamique différente.  Parallèle intéressant.  Le contraste, mis en évidence par les choix du commissaire, est intéressant.


:::
Massimo Vitali@Galerie du jour
13.11.2010@08.01.2011