jeudi 16 décembre 2010

Un jour chez agnès b. 1.2. Laura Picoli-Truffaut

La photographie numériquement accessible à tous a quelque chose de dérangeant pour moi.  L'accessibilité en question diminue, à mes yeux, la magie de ce médium qu'est la photographie.  Afin de protéger cet espace divin que représentait cette forme d'art, j'ai, longtemps, choisi de catégoriser le numérique comme un médium différent de l'argentique.  Force m'est d'admettre que, vraisemblablement, la photographie, qu'elle soit numérique ou non, c'est de la photographie.

Exemple concret:
La série de Laura Picoli-Truffaut présentée dans la galerie du jour de l'espace agnès b. est, au premiers abords, mignonne mais terriblement trafiquée.  Des flares, des changements dans les tons, des flous, du vignettage: tant d'éléments qui peuvent se produire, mais qui sont, en cette ère de la technologie numérique de pointe de Monsieur-Madame-Tout-Le-Monde, bien peu enclins à se manifester lors de la fabrication d'images.  Ceci étant, l'être sceptique que je suis est susceptible de se demander: combien de filtres automatiques Photoshop a-t-il gracieusement offerts à l'artiste?

Ensuite, je remballe ma mauvaise foi, et tente de considérer la série pour ce qu'elle est vraiment: la trace d'une démarche artistique qu'on voudra croire intègre et honnête.  Les thèmes sont clairement véhiculés par ses images qui semblent consciencieusement construites: l'enfance, l'innocence, le fabuleux et, paradoxalement, la violence, l'urbanité de cette enfance, et, peut-être, un certain ethnocentrisme (vais-je trop loin?).

La série propose un peu moins de trente images, variant entre le 50x60cm et le 20x20cm.  Les impressions sont joliment réalisées, si l'on accepte de se laisser charmer par ces images (fortement?) traitées en post-production.

Une portion de l'exposition m'a particulièrement rejoint: une composition presque narrative de six images juxtaposées.  Le tableau est plutôt noir: des enfants manifestant une violence tantôt implicite et tantôt assez flagrante (la présence de ak47 ne ment pas).  Les enfants sont quelconques, ils sont l'enfance plus que des personnages auxquels ont tentera de (re)construire une vie imaginée.  Les actions sont plutôt statiques: l'un d'eux gît, paisible, dans l'herbe, aux côtés de son arme.  Un autre court sous la pluie, suivant une passerelle de lattes de bois vernies, elles-mêmes disposées sur l'herbe, ce qui porte à croire à une scène prenant place dans une cours intérieure, probablement domestique.  L'univers m'a envahit, sans que je tente de construire un plan cohérent reliant le destin et les tableaux: j'ai été témoin de ces scènes choquantes et romantiques.

À vingt-trois ans, Picoli-Truffaut n'a pas encore de publication à son actif, ainsi, il faudra se contenter de visiter l'exposition de la Galerie de jour pour profiter de cette narration, mais, si l'on se fit à son c.v., l'artiste devrait nous offrir des projets charmants dans les prochaines années à venir.
Sans titre

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Portraits d'enfants
Laura Picolli-Truffaut
Galerie du jour par agnès b.
15.11.2010 au 08.01.2011