J’ai eu l’opportunité de discuter de Larry Clark à plusieurs reprises au cours de mes cinq dernières années d’étude en photographie. Véritable icône de la culture américain, Clark a soulevé des débats musclés entre étudiants et professeurs de l’Université Concordia comme probablement partout ailleurs. Élément majeur dans ces débats : la question du choc. Est-ce volontaire? Est-ce nécessaire? Est-ce prioritaire? J’ai personnellement rassemblé Larry Clark dans un tiroir de mon esprit qui contient aussi Nan Goldin. Est-ce parce qu’ils ont surgit en même temps dans ma vie? Ou est-ce plutôt parce que ces deux artistes adultes ont côtoyé des êtres humains fragiles et désolés, qui ont recours à des échappatoires chimiques stigmatisés par la société occidentale moderne? Que leur relation d’adulte avec la jeunesse de même que leur relation de photographe les place dans une position de pouvoir particulière?
Alors que je revisitais l’exposition, j’ai porté attention à ce que disait un guide du musée : « Clark parvient à s’intégrer complètement dans la réalité de ses sujets, à tel point que ces derniers l’oublient, littéralement. »
Littéralement? Vraiment? J’ai quelques doutes. Oui, Clark se voit donné accès à des parcelles de vie particulièrement privées. Mais n’y a-t-il pas une part de performance dans l’attitude des sujets de Clark? Le fait même d’être observé ne génère-t-il pas un sentiment d’importance, de chaleur, d’attention? Je crois que les jeunes qui s’adonnent au sexe en compagnie de Clark dans la pièce acceptent la présence du photographe et ne pensent pas au fait qu’ils seront photographiés, mais il me semble peu probable que cette attention particulière et chère soit sans conséquences. Clark, à travers son objectif, nous présente un environnement auquel il contribue à la construction : non pas simplement en tant que témoin passif et observateur.
![]() |
| un des clichés de la grille |
Les derniers travaux de Clark, je ne les avais pas vus. J’ai été spécialement touché par la grille en fond de deuxième salle. Un shooting frénétique de quelques 120 images. Des impressions 8x10po, une mise en scène glauque où une jeune homme d'une quinzaine d'années s'enlève la vie de diverses façons. Les détails sont grossiers: du ketchup en guise de sang qui s'écoule des poignets, une corde autour du cou, une revolver, des cachets, et toujours, un coup d'oeil par la cuisse dans le caleçon du sujet. On voit un testicule, ou le sexe du jeune homme, et comme les clichés sont répétés, on comprend que c'est calculé. Les images figurent toutes dans la grille. Comme si aucune sélection n'avait été faite dans l'entièreté des clichés des pellicules, les images se succèdent et rendent évidente la mise en scène. J'ai du mal à articuler comment et pourquoi je suis touché par ce jeu de rôle morbide. Je crois que c'est plus essentiellement que formellement que je me sens captivé. La complicité entre le sujet et Clark est flagrante, et ça me charme. Voilà.
J'aurai vu l'expo deux fois plutôt qu'une, et bien qu'elle ne soit pas grandiose, elle me restera longtemps en mémoire.
:::
Kiss the past hello
Larry Clark
Musée d'art moderne de la ville de Paris
09.10.2010@02.01.2011
